Le ministère de la Communication a dressé ce 7 août 2026 le bilan et les chantiers pour la presse privée camerounaise. Au programme, révision des textes, fonds pour l’audiovisuel et adaptation au numérique.
Révision des textes sur la communication sociale
Le MINCOM annonce que "le processus de connotation des textes connaîtra bientôt son aboutissement". L'objectif est de mettre à niveau la loi de 1990 sur la communication sociale pour l’adapter aux réalités de 2026. Cette révision permettra aussi d’adresser la question de l’appui de l’État à la presse audiovisuelle à travers "l’activation du Fonds Spécial de Développement de l’Audiovisuel" prévu par la loi N°2015/007 du 20 avril 2015 régissant l’activité audiovisuelle au Cameroun.
Un fonds très attendu par les promoteurs de radios et TV privées. Il s'agit du relèvement de l’enveloppe de l’aide à la presse.
Le ministère entend maintenir le plaidoyer pour un relèvement substantiel de l’enveloppe dédiée à cet appui. Il reconnaît que le montant actuel reste largement en deçà des attentes. Un "léger relèvement" a déjà été opéré sur l’exercice en cours et doit être considéré comme un premier pas, en attendant la mise à disposition des fonds.
La presse écrite face au numérique
Face à la crise de la distribution, le MINCOM annonce une avancée majeure : "J’ai instruit depuis déjà deux ans la prise en compte par notre commission, de la distribution par voie électronique des organes de presse écrite". Désormais, les journaux en ligne pourront être éligibles à l’aide "sans que ce soit au détriment de leur possibilité d’impression et de distribution par les voies classiques". La réflexion se poursuit pour "adapter les conditions d’éligibilité au contexte et à l’environnement du travail des entreprises de presse".
Les obligations pour toucher l’aide
En contrepartie, l’État reste ferme sur les basiques : création d’emplois décents ; protection sociale des travailleurs ; respect des obligations fiscales.
Autre chantier : permettre à la presse écrite "de tirer une ressource issue de la publicité en dépit de la concurrence féroce des nouveaux médias".
La répartition des dossiers
Selon le président de séance, c'est 48 dossiers pour la presse écrite et quatre dossiers pour la presse en ligne. Un chiffre qui montre que malgré l’essor du numérique, la presse papier reste majoritaire parmi les demandeurs de l’aide de l’État.
L’appel à la rigueur et à l’objectivité
Ouvrant les travaux, le MINCOM a insisté sur la responsabilité de la commission : "Je sais pouvoir compter sur le sérieux qui caractérise habituellement cet exercice et qui nous engage par conséquent à travailler dans la sérénité et à faire preuve de rigueur, dans l’objectivité et l’impartialité, afin de nous proposer celles des entreprises de presse qui mériteront de bénéficier de l’appui du pouvoir public. Seuls les médias sérieux, réguliers et viables seront retenus".
Critères de sélection 2026
Pour être éligible, un média doit notamment : paraître ou émettre régulièrement depuis 12 mois ; être à jour de ses obligations fiscales et sociales ; respecter la déontologie et la loi sur la communication sociale, et justifier d’une viabilité économique. Après examen, la commission transmettra ses propositions au MINCOM pour validation finale et mise en paiement. Le ministère a déjà annoncé un "léger relèvement" de l’enveloppe pour cet exercice 2026, en attendant une réforme plus profonde du dispositif.
Réactions
Ngankak Kameni René kisito, directeur du développement des médias privés et de la publicité
"Nous avons eu au total 52 dossiers de presses à capitaux dont 48 presses écrites et quatre presses en ligne qui représentent les deux sous secteurs concernés. Ce sont des critères habituels énumérés par le ministre de la communication dans son discours qui passent par la CNPS, les obligations fiscales et autres. Le processus de distribution de la presse écrite par les moyens électroniques (PDF) ont été pris en compte pour alléger les soucis d'impression auxquels la presse fait face. Cette année l'enveloppe est revue à la hausse".
Janvier Njikam Mama, représentant de la presse en ligne
"C'est un plus quand vous avez votre budget annuel et que vous recevez un million ou deux venant de l'État. Malgré la nette évolution comme l'a souligné le ministre, il est nécessaire de revenir sur les résolutions des états généraux de la communication de 2012 avec le fonds de développement des médias, ainsi on ne parlera pas de 5 cents mille ou un million qu'on donnera à un organe mais de six ou sept millions, et cela va plus impacter. Même si on tourne en rond, c'est mieux que rien. Il faut le dire, la presse au Cameroun est paupérisée et l'État doit prendre ses responsabilités pour s'arrimer aux nations du même niveau que nous en terme d'accompagnement".
Thierry Ndong, représentant presse écrite d'expression française
"Comme vous pouvez le constater par vous-même, dans le contexte actuel, aucun franc n'est de trop. Nous allons utiliser cet argent à bon escient. L’argent va permettre aux uns et aux autres d'épurer soit les impôts, soit des factures impayées, dans un environnement où aucun franc n'est de trop".
Propos recueillis par CN