Assise devant son instrument à tisser vertical, entièrement fabriqué en bambou, Diane Geneviève Kouo Ghapinzie fait danser la navette. A six ans, elle tenait déjà le fil. Aujourd’hui, à Foumban dans le département du Noun, elle est l’une des dernières gardiennes d’un savoir-faire que le temps n’a pas effacé.
"On n’allait pas vendre, on apprenait à tisser"
Fille d’artisan, elle a grandi dans le bruit du métier. "Au lieu d’aller vendre, nous, on apprenait à tisser. C’est en famille qu’on a appris ce métier", raconte-t-elle.
Sa machine n’a ni moteur, ni électricité. Juste du bambou, des cordes, du bois. Le principe est resté le même depuis des générations : préparer la chaîne, puis entre-croiser la trame. "On met la chaîne sur le bambou. On prend les fils, on met. Et on tisse. On prend un autre fil, on met, et on tisse. Et ça devient une toile", explique t-elle simplement.
Autrefois, le coton était cultivé au champ. Aujourd’hui, elle achète le fil déjà teinté au marché. Mais le geste, lui, n’a pas changé.
Le made in Cameroun, que certains pensent venir du Nigeria
Dans son atelier, sortent des pagnes aux motifs géométriques, typiques de la culture Bamoun. Des pièces vendues parfois au prix des tissus importés, mais avec une différence : chaque centimètre est fait à la main. Et c’est là que le combat commence. "Je demande aux Camerounais de consommer le Made in Cameroun. Il y a tout au Cameroun. Souvent les gens pensent que le tissu vient du Nigeria. Mais non, c’est fait ici au Cameroun", lance-t-elle.
Du Noun au SIARC : 10 jours pour apprendre et montrer
Kouo Ghapinzie est venue présenter le savoir-faire de l’Ouest au SIARC 2026. Pendant 10 jours, elle a tissé en public, échangé avec d’autres artisans et découvert le numérique. "J’ai beaucoup appris, la digitalisation, l’innovation, le savoir-faire. J’ai vu que le Cameroun est vraiment riche", confie-t-elle. Le SIARC lui a donné une conviction de transmettre. "Je demande aux jeunes filles de chercher à avoir un savoir-faire manuel. Il y a des formations. Travaillons avec vos dix doigts. Il y a un avenir dans l’artisanat", insiste t-elle.
Un métier, une vision pour le pays
Pour Kouo, le tissage sur cet instrument en bambou n’est pas qu’un métier. C’est une réponse à la jeunesse en quête d’emploi. Une réponse à la dépendance aux importations. Une réponse à l’oubli.
Son instrument en bambou coûte 10 fois moins qu’un matériel industriel, ne consomme pas d’électricité et peut être démonté. Il est écologique, accessible à tous et 100 % camerounais.
Le message du Comité national de maturation fait écho
Alors que le Comité national de maturation des projets vient de valider 30 projets d’investissement, l’artisanat comme celui de Diane Geneviève Kouo Ghapinzie pose une question : et si l’industrialisation du Cameroun passait aussi par la valorisation de ce qui existe déjà ?
Le Comité a d’ailleurs insisté sur la nécessité de soutenir les secteurs porteurs et le secteur privé pour créer la richesse. Le tissage artisanal en est un exemple concret.
Diane Geneviève Kouo Ghapinzie est basée à Foumban, dans le département du Noun. Elle se dit prête également à accompagner de jeunes filles désireuses d’apprendre le métier.