Yaoundé, la ville aux sept collines, abrite du 6 au 10 juillet 2026 le premier Forum africain sur les statistiques du genre et de l'enfant. Les assises se sont ouvertes en présence de la représentante résidente d'ONU femmes au Cameroun, Marie Pierre Raky Chaupin, du représentant de l'Union africaine, de la BAD et du directeur général de l'Institut national de la statistique du Cameroun, Joseph TEDOU.
Plusieurs prises de parole ont meublé cette cérémonie d'ouverture. Le premier Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant appelle à de meilleures données pour obtenir des résultats pour les enfants. Alors que l’Afrique se prépare à un avenir dans lequel près de la moitié des enfants du monde vivront sur le continent, le premier Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant s’est officiellement ouvert à Yaoundé, au Cameroun. Il vise à renforcer la collecte et l’analyse des données nécessaires pour mieux comprendre les réalités des enfants et y répondre.
Le Forum réunit des gouvernements, des instituts nationaux de statistique, des institutions régionales, des organisations de la société civile, des partenaires du développement et des experts afin d’échanger sur les moyens d’améliorer la production, l’harmonisation et l’utilisation des statistiques relatives au genre et à l’enfant en Afrique, pour que chaque enfant soit compté, visible et bénéficie des services et du soutien dont il a besoin.
Organisé sous le thème « Des statistiques qui comptent : faire progresser les droits, la justice et les opportunités pour toutes et tous », le Forum contribuera à renforcer l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes, les services et la redevabilité en faveur des femmes et des enfants. Il marque une étape importante dans les efforts menés en Afrique pour bâtir des systèmes de données plus solides, plus inclusifs et fondés sur les droits, qui reflètent mieux les réalités des femmes, des filles et des garçons. Des statistiques fiables, désagrégées et effectivement utilisées sont essentielles pour identifier les enfants laissés-pour-compte, comprendre les obstacles auxquels ils sont confrontés et orienter l’action afin de protéger leurs droits et d’améliorer leur accès aux services essentiels.
« L’Afrique abrite la population d’enfants la plus importante et celle qui croît le plus rapidement au monde. Aujourd’hui, près de 691 millions d’enfants de moins de 18 ans vivent dans les États membres de l’Union africaine, représentant environ 46 % de la population du continent. D’ici à 2050, près de la moitié des enfants du monde vivront sur ce continent », a déclaré Ramou Ndure, directrice régionale adjointe de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, lors de l’ouverture du Forum par visioconférence. « Cette réalité démographique constitue l’une des plus grandes opportunités de notre époque, mais elle nous confère également une profonde responsabilité. Chaque enfant compte, et chaque enfant doit être compté. Lorsque les enfants sont invisibles dans les données, ils le sont souvent aussi dans les politiques, les budgets et les services. De meilleures données sont essentielles pour réaliser leurs droits et veiller à ce qu’aucun enfant ne soit laissé de côté ».
La BAD et la CEA concluent que la donnée est le premier droit. "Chaque femme compte, chaque enfant compte" n’est possible que si les décisions publiques s’appuient sur des données fiables et inclusives. Les données deviennent alors un levier de justice, d’inclusion et de prospérité pour la SND30. La BAD explique que l’égalité genre ne se décrète pas, elle se mesure. Avec l’indice BAD/CEA, elle veut transformer les données en réformes et en investissements pour que les femmes accèdent aux actifs productifs. C’est la condition pour dire que personne n’est laissée de côté concernant la SND30. L'objectif est d'avoir les données harmonisées pour les transformer en politiques publiques afin de permettre à l'Afrique d'atteindre l'agenda 2063 et au Cameroun sa SND30.
L’UA précise que dans un monde de chocs multiples, la résilience passe par les femmes et les jeunes. L’Aspiration 6 de l’Agenda 2063 ne se fera que si on transforme le discours en politiques publiques concrètes basées sur des données. Dans chaque crise africaine, la femme et la fille sont en première ligne et paient au triple : santé, école, sécurité. Seules des statistiques fiables peuvent rendre visible cette charge, éclairer l’action publique et mesurer si les politiques protègent vraiment.
Pour le directeur général de l'Institut national de la statistique, la Journée de l’enfant africain 2026 expose que la justice sociale commence par le chiffre. Sans statistiques désagrégées sur femmes, filles et garçons, pas de protection, pas de financement, pas d’égalité devant la loi. Compter c'est protéger afin de financer. Le Cameroun vise 2029 pour se mettre aux normes statistiques internationales. Pour y arriver il mise sur deux leviers : moderniser la donnée et généraliser la budgétisation sensible au genre. L’objectif est pour que, plus aucune femme ne soit invisible dans l’accès à l’emploi, au financement et aux responsabilités.
Les assises de Yaoundé constituent une occasion idoine durant cinq jours pour les différents participants s'échanger avec les autres experts pour un partage d'expériences et de bonnes pratiques.
Réactions
Joseph Tedou, DG INS

"C'est le tout premier forum pour l'Afrique, et il se tient au Cameroun sur les statistiques du genre et de l'enfant mais surtout pour la justice, pour l'inclusion et pour l'action. Ce sont des situations de vulnérabilités de plus en plus fréquentes qui justifient la pertinence d'une telle rencontre. Elles sont liées soit à des crises internes, soit à des crises internationales ou dues aux changements climatiques et qui sont souvent à l'origine des déplacements forcés des populations. Tous ces éléments justifient la pertinence de se pencher sur un groupe de populations particulièrement vulnérable. Ce groupe est généralement constitué de femmes et d’enfants, ce sont des personnes qui sont plus impactées par ces différentes crises. Donc ce forum a pour objectif le partage d'expériences entre les pays, inventorier les nouvelles approches et travailler à proposer de nouvelles recommandations dont la mise en œuvre peut permettre aux différents pays mais aussi au continent de s'organiser pour une meilleure réponse à ces crises mais des réponses basées sur des statistiques fiables. C'est une occasion pour le Cameroun qui abrite ce premier forum de remercier les PTF qui ont permis que cela se tiennent sur nos terres comme la commission de l'Union africaine, la commission des Nations unies pour l'Afrique, la BAD, ONU Femmes, ONUCED, etc".
Marie Pierre Raky Chaupin, représentante résidente ONU Femmes au Cameroun

"Permettez moi d'abord de remercier le gouvernement du Cameroun pour avoir accepté d'abriter ce huitième forum africain sur les statistiques sensibles au genre et aux enfants qui constituent un moment important. Nous encourageons un partenariat avec l'INS du Cameroun mais aussi avec la commission de l'Union africaine et même les autres entités des Nations unies afin de discuter des statistiques sensibles au genre, des discriminations faites aux femmes et aux enfants. Si les statistiques ne sont pas étudiées, mesurées et analysées, elles ne pourront pas servir de supports pour les politiques inclusives. Pour nous, il est important que les inégalités soient connues et mesurées afin d'engager les budgets et que l'État puisse s'engager à son tour. C'est tout l'enjeu de ce forum, et qu'à travers les différentes institutions de la statistique ici présente, comment est-ce que nous pouvons améliorer la collecte, l'analyse des données dans le but d'atteindre les objectifs de Beijing en Chine de 1995. Nous encourageons les États à travailler à réduire les inégalités entre les hommes et les femmes et à accompagner les programmes inclusifs dans le but d'adresser ces inégalités pour des sociétés plus justes et plus inclusives. Il est important pour nous que toutes ces données soient désagrégées et que nous les puissions les utiliser pour engager des politiques plus fortes et des budgets".
Propos recueillis par CN