Le Premier ministre, chef du gouvernement, en sa qualité du président du Conseil national de la décentralisation, a présidé le 10 juillet dernier la première session du CND au titre de l'exercice 2026 dans l'amphithéâtre de ses services.
L'objectif de la session est d'évaluer la mise en œuvre de la politique de décentralisation au niveau régional avec un zoom spécial sur les deux régions au statut spécial (Nord-Ouest et Sud-Ouest). L'ordre du jour prévoyait le rapport d’activités du secrétariat permanent pour la période d'intersession par Evelyne Otsili Medzoggo épouse Koa, secrétaire permanente du CND ; la déclaration du MINDEVEL sous le thème : "État des lieux de la mise en œuvre de la décentralisation dans les régions" ; la déclaration du MINFI sous le thème : "Financement de la décentralisation au niveau régional : état actuel et perspectives" ; la déclaration du président de l’Association des régions du Cameroun (ARC) sous le thème : "Bilan de la mise en œuvre de la décentralisation au niveau régional" ; et enfin la déclaration du président du Conseil exécutif régional du Sud-Ouest sur le thème : "Bilan de la mise en œuvre de la décentralisation dans les régions au statut spécial".
Le CND 2026 a organisé une évaluation à 360° : administration, politique, finance, élus régionaux et terrain, avec un focus sur les régions en crise. Entre la loi et le terrain, il y a un goulet d’étranglement financier. Le CND 2026 sonne l’alerte et appelle à une mobilisation générale pour débloquer la décentralisation.
Pour le PM, les difficultés majeures ralentissent l'atteinte de cet objectif, notamment la mise en œuvre de la réforme de la fiscalité locale : "Il existe d'importantes tensions de trésorerie au sein des communes et des régions avec un impact négatif sur le climat social. Je saisis l'occasion pour rappeler à la mobilisation générale en vue de lever les écarts identifiés. J'invite les élus locaux à rendre plus visibles les bienfaits de la politique de décentralisation pour un processus dynamique qui appelle un suivi évaluation étroit. La session 2026 du CND marque le passage de la décentralisation politique à la décentralisation financière effective. Il est question d'approfondir le processus de décentralisation de manière inclusive, méthodique, progressive et irréversible. Les collectivités territoriales décentralisées et particulièrement les régions doivent devenir des véritables catalyseurs de l'essor socioéconomique".
Réaction : Georges Élanga Obam, Minddevel
"Ce Conseil de la décentralisation était dédié à l’évaluation du fonctionnement des régions, avec un point particulier, sous le prisme tel que perçu par l’administration, c’est-à-dire l’État, et tel que perçu par les acteurs de terrain, c’est-à-dire l’Association des régions du Cameroun et les assemblées régionales à statut spécial. Ce que nous pouvons retenir de manière globale, c’est que le processus de mise en place des régions pour la première mandature est un succès. Tout le monde l’a dit : les institutions sont en place, elles sont dotées d’une administration, d’un environnement de travail. On pourrait parfaire le dispositif des ressources humaines. Par contre, ce que nous avons tous constaté, c’est que la mise à disposition des instruments qui permettent aux régions de faire effectivement leur travail avec succès, pour pouvoir être parfait, concerne notamment : une claire définition des compétences qui leur sont transférées, avec les autres intervenants du secteur de la décentralisation, en l’occurrence les communautés urbaines et les communes d’arrondissement ; la qualité de leur collaboration avec les services de l’État ; et, dans une mesure importante, les volumes des ressources financières dont elles ont besoin pour bien fonctionner. Il est apparu que nous envisageons tous les choses de la même manière dans la perspective de régler ces problèmes. Il s’agissait de mettre en place un dispositif formel qui encadre la collaboration entre les acteurs du système de la décentralisation eux-mêmes, c’est-à-dire les collectivités, qui encadre leur relation avec l’État au-delà des dispositions législatives et réglementaires, et qui encadre leur relation avec les services locaux de l’État. Il est également apparu qu’il était utile de trouver un mécanisme qui garantisse aux régions de recevoir les ressources qui sont prévues par la loi. De ce point de vue, nous constatons que la mise en place d’un dispositif spécifique lié à la fiscalité locale, tel que la loi de 2024 l’a prévu, est une bonne chose, mais qu’il est impératif que cela soit opérationnalisé dans les courts délais. Le ministre des Finances a fait valoir que les ressources provenant de la fiscalité locale sont cantonnées au ministère des Finances. Lorsque l’ensemble des dispositifs technologiques seront efficaces, ces ressources seront rendues disponibles. Le Premier ministre a prescrit que, dans des délais courts, effectivement, ces ressources soient mises à disposition, que nous réglions l’ensemble des questions juridiques liées à la production des textes et règlements qui encadrent la décentralisation, tant au plan technique que financier, et que la question des ressources humaines soit réglée au plus vite. S’agissant des régions à statut spécial comme le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, la prescription de Monsieur le Premier ministre est que ces régions soient associées, notamment au niveau de l’enseignement secondaire, à toutes les réflexions qui ont cours pour améliorer la politique de l’éducation dans le sous-système anglophone, et que le ministère de l’Administration territoriale veille à associer les "Houses of Chiefs" à toutes les questions liées à l’organisation de la chefferie traditionnelle dans ces deux régions. Les régions sont bien mises en place, elles fonctionnent correctement. Elles doivent monter en puissance pour autant qu’on règle les questions de concertation, afin que les ressources financières soient mises à leur disposition rapidement. Ce sont là les prescriptions du Premier ministre, chef du gouvernement, président du Conseil national de la décentralisation".
Propos recueillis par CN