Après l’étape de l’Algérie, le pape Léon XIV a séjourné au Cameroun du 15 au 18 avril 2026, une tournée africaine qui inclut l’Angola et la Guinée.
Programme
Le Saint-Père arrive en terre camerounaise avec un programme dense et plein d’articulations : arrivée à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen le mercredi 15 avril, suivie de la cérémonie de bienvenue ; visite de courtoisie au président de la République ; rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique ; visite de l’orphelinat Ngul Zamba ; rencontre privée avec les évêques du Cameroun au siège de la Conférence épiscopale.
Le jeudi 16 avril, il se rend à Bamenda, épicentre de la crise anglophone qui dure depuis 2016. Une rencontre pour la paix avec la communauté de Bamenda à la cathédrale Saint-Joseph, puis une messe à l’aéroport Bamenda-Bafut. Retour à Yaoundé en fin d’après-midi.
Le vendredi 17 avril, arrivée à l’aéroport international de Douala, messe à l’esplanade du stade de Japoma et visite privée à l’hôpital Saint Paul de Nylon. Puis retour à Yaoundé où est prévue une rencontre avec le monde universitaire à l’Université d’Afrique centrale, campus de Nkolbisson.
Le samedi 18 avril, une messe à la base aérienne 101 de Yaoundé, puis cérémonie de départ à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen à 12h.
Ce que l’on retient
Dans ses allocutions, il ressort que le pape se rend au Cameroun «en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix». Il manifeste sa volonté de «renforcer les liens de coopération entre le Saint-Siège et la République du Cameroun» et exhorte les Camerounais à construire le bien.
Il rappelle que les propos de saint Augustin, tenus il y a 16000 ans, sont encore d’une grande actualité : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger ».
Gouverner signifie «aimer son pays, mais aussi les pays voisins», «écouter réellement les citoyens, estimer leur intelligence et leur capacité à contribuer à l’élaboration de solutions durables aux problèmes». En ce sens, une collaboration franche s’impose avec tous les acteurs de la société civile : «associations, organisations de femmes et de jeunes, syndicats, ONG humanitaires, chefs traditionnels et religieux», etc.
Il explique que «la transparence dans la gestion des ressources publiques et le respect de l’État de droit sont essentiels pour rétablir la confiance», et que «le Cameroun dispose des ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée».
En clair, le pape Léon XIV souhaite une collaboration loyale entre toutes les forces vives de la nation, «pour promouvoir la dignité humaine et la réconciliation», pour construire ensemble «un avenir de justice et de paix».
Les non-dits de la visite du pape
Ce n’est pas la première fois qu’un pape se rend Cameroun. Le pape Jean-Paul II s’y est rendu à deux reprises, en 1985 (10 au 14 août) et en 1995 (14 au 15 septembre). Le Benoît XVI, y est venu une seule fois (17 au 20 mars 2009).
Il s’agit donc de la quatrième visite d’un pape sur le sol camerounais. Les trois premières se sont déroulées dans des contextes politiques particuliers, si bien qu’après Léon XIV, des questions se posent : que s’est-il passé avant ? Que va-t-il se passer après ?
Des événements majeurs avaient précédé la première visite apostolique du pape Jean-Paul II et les tensions politiques avaient atteint un niveau inattendu : découverte d’un complot visant la sécurité de l’Etat (1983) ; jugement par contumace et condamnation à mort de l'ancien président Ahmadou Ahidjo (février 1984), coup d'État manqué (6 avril 1984), et rebaptisation de l'UNC en RDPC (24 mars 1985).
En 1995, Jean-Paul II revient au Cameroun. Deux faits politiques marquent cette période : la contestation de l’élection présidentielles de 1992 qui a donné lieu à des violences et des villes mortes, avec en première ligne, John Fru Ndi du SDF, qui réclame une victoire volée ; la préparation de la modification de la Constitution de 1972 qui va limiter le mandat présidentiel à deux mandats de cinq ans chacun (1996). A cela, on pourrait ajouter le décès dans des circonstances troubles de la première épouse du président, Jeanne-Irène Biya (née Atcham Ndoumin) le 29 juillet 1992 à l'âge de 56 ans, ainsi que la disparition de plusieurs figures catholiques durant cette même période. Paul Biya se remarie en 1994 avec Chantal Vigouroux.
En 2009, Benoît XVI se rend au Cameroun dans un contexte où la Constitution de 1996 a été modifiée : le président peut désormais exercer un mandat de sept ans, sans limite (modification de 2008), ce qui a entraîné des soulèvements populaires, des massacres et des emprisonnements massifs.
La visite de Léon XIV intervient à une période charnière, marquée par le fin de règne de Paul Biya et l’adoption par le parlement d’une loi instituant le poste de vice-président, qui sera nommé par le président de la République, et pourra être révoqué à tout moment (avril 2026).
Le pape est venu, il a visité le pays, il a parlé, puis il est reparti. Que se passera-t-il ensuite ? Les visites des papes n’ont apporté aucun changement significatif ou visible au destin du pays, ni au sort des victimes des tensions politiques ou sociales, ni au rebondissement économique tant attendu. Juste des discours, fussent-ils pleins de mots réconfortants et de passages spirituellement profonds, voire engageants. Certains se plaisent à rêver que l’étape de Bamenda ait un impact positif sur la crise anglophone, et peut-être aussi sur la nomination imminente du vice-président. Même si cela se produisait, le Cameroun aurait-il atteint le niveau de maturité politique nécessaire pour devenir un pays où il fait bon vivre ? Beaucoup en doutent.