Catégorie : POLITIQUE/POLITICS
Cabral Libii
Cabral Libii / ©Archives

2019-03-23 | 09:23:43

Le dossier y afférent a transité par les services du gouverneur de la Région du Centre. La nouvelle formation n’attend plus que l’aval du ministère de l’Administration territoriale.

Finies les supputations ayant émaillé les débats ces derniers temps. Cabral Libii Li Ngue Ngue quitte la tutelle du parti Univers du Pr Nkou Mvondo pour goutter aux délices de la liberté. Le coordonnateur du mouvement Onze millions de citoyens a signé le 15 mars dernier, un communiqué pour porter à la connaissance de l’opinion, qu’il s’est tenue une assemblée constitutive neuf jours plus tôt, dans l’optique de donner forme au parti politique dénommé Parti des onze millions de citoyens, en abrégé « Les Citoyens ». 

En attendant le quitus final de l’autorité administrative, Cabral Libii appelle déjà Les Citoyens « à poursuivre sur le terrain, la campagne de sensibilisation pour les inscriptions sur les listes électorales ». Les potentielles candidatures dans le parti sont les bienvenues, idem pour toute forme de « mutualisation avec d’autres organisations civiles et politiques » sur le triangle national.

Pour ceux qui connaissent bien les rapports existant entre Libii et Nkou Mvondo, la nouvelle sur la création de « Les Citoyens » fait du bruit et sonne déjà comme la mise en œuvre d’une trahison longtemps en gestation. « Trahison » ? Le mot est lâché ! Y a-t-il eu trahison entre Libii et Nkou Mvondo ? Difficile de le dire avec certitude, surtout quand on observe que le président du parti Univers, dans ses posts, fait recours à un vocabulaire très ambigu où l’on ressent bien qu’il s’est glissé au moins une infidélité quelque part dans ses rapports avec autrui. Il ne pointe évidemment pas le doigt sur qui que ce soit, mais dans le contexte actuel, les regards ont tendance à se diriger sans effort aucun vers son partenaire de la présidentielle du 07 octobre 2018.

Les soupçons de trahison pèseraient donc lourd sur les épaules de Cabral Libii. Et ce n’est pas l’histoire qui le démentirait. L’ancien membre-fondateur de l’ADDEC (Association de défense des droits des étudiants), le nommé Linjoum Linjoum a rappelé en 2017 dans une publication, le rôle trouble joué par Cabral Libii en faveur de la gouvernance policière des années 2000 qui réprimait les velléités de création d’un espace de critique à l’université.

En addition, le coordonnateur de Onze millions de citoyens s’est illustré par une conduite équivoque durant les événements postélectoraux d’octobre. Boris Bertolt n’a de cesse, dans ses posts au vitriol, de fustiger l’attitude de celui que beaucoup appelle péjorativement « Kouagne Kérosène » : « J’ai gagné l’élection » ; « on doit annuler les élections » ; « Paul Biya n’a pas gagné les élections » ; « c’est un candidat de l’opposition qui a gagné les élections » ; « la victoire de Paul Biya c’est une forfaiture » ; « Paul Biya a gagné les élections parce que les gens n’ont pas voté ». Il trouve anormal qu’un opposant se limite à mobiliser ses sympathisants pour les élections prévues en 2019, dans un contexte où « des voix à l’échelle nationale et internationale s’élèvent contre le bâillonnement progressif des libertés et l’affirmation du caractère dictatorial du régime Biya ». Au point de soulever la question de savoir à qui s’oppose Libii finalement, s’il est incapable de contester le code électoral, lequel constitue en grande partie « l’instrument de fraude et l’outil hégémonique entre les mains du RDPC » ?

Mais toutes les agressivités à l’encontre du « Macron camerounais » ne semblent pas encore à même de dissoudre sa popularité. Grâce à son talent, et sûrement à sa jeunesse, « Cabral Libii est entré sans forcer dans le cœur des Camerounais » comme le souligne les réactions anti-Boris Bertolt des sympathisants de Onze millions de citoyens. Et qui sait, peut-être que s’en prendre à lui ne ferait que produire l’effet contraire, c’est-à-dire resserrer les Camerounais derrière lui. Cabral Libii reste et demeure encore cet oiseau rare que le parti Univers a su dénicher et exploiter pour la présidentielle d’octobre 2018. Si à un moment donné de son histoire, le triangle national a vibré sous « l’effet Cabral », ce n’est pas de sitôt que l’effet contraire se produirait. La rupture entre Libii et Nkou Mvondo tourne la page d’une ère, sans pour autant siffler la fin de l’élan de mutualisation. Mais une mutualisation solide est-elle possible sans le MRC, principale force de l’opposition à l’heure actuelle ? Pour son avenir politique, Cabral Libii devrait s’y pencher sérieusement.